Interview du mois

Présentation du Dr. Patrick SCAPS

Docteur de l’Université de Rennes I mention Sciences Biologiques option Biologie des Populations et Éco-éthologie.

Habilité à Diriger des Recherches de l’Université des Sciences et Technologies de Lille.

Maître de Conférences Hors Classe en Biologie des Organismes (68e section) à l’UFR de Biologie l’Université des Sciences et Technologies de Lille.

Moniteur Confédération Mondiale des Activités Subaquatiques CMAS*, plongeur Nitrox confirmé, Moniteur Fédéral deuxième degré Environnement et Biologie Subaquatique (MF2 Bio n°0159), certificat d’aptitude à l’hyperbarie classe 1 mention B (CAH 1B) délivré par l'Institut National de la Plongée Professionnelle (INPP).

Plus de 1600 plongées effectuées en milieu naturel dont 1200 en milieu tropical.

Participe et organise régulièrement des missions de terrain en région tropicale.

Anime régulièrement des conférences sur la biologie sous-marine (Société de Sciences Naturelles de Lille, Comité Départemental du Nord de la Commission Environnement et Biologie Subaquatique de la Fédération Française d’Etude et de Sports Sous-Marins FFESSM).

Elu au Conseil d’Administration de la Société Zoologique de France (SFZ), Secrétaire Adjoint depuis 2006.

Membre de l’International Society of Zoological Sciences (ISZS), International Society for Reef Studies (ISRS), Association française pour les récifs coralliens (ACOR), Association française des plongeurs scientifiques (Colimpha), Union des Océanographes de France (UOF), Société Française de Systématique (SFS).

L'Interview

 

Patrick Scaps s’est envolé pour les Galápagos en décembre dernier. Revenu de son voyage, il a bien voulu répondre à nos questions et  partager quelques photos. Cette rencontre a été l’occasion d’échanger avec lui sur son travail, ses nombreux voyages et sa passion pour la plongée… 

1. Pourquoi êtes-vous allé  aux îles Galápagos ?

 

Je suis allé aux îles Galápagos pour faire de la plongée loisir pendant une semaine puis découvrir le milieu terrestre pendant quelques jours.   

 

2. La plongée est votre passion. Dans quel cadre avez-vous l’occasion de plonger ? Quels sont les missions qui vous permettent de partir ?

 

J’ai fait plusieurs missions de terrain  avec le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) de Paris. Je suis appelé en tant que plongeur scientifique, en règle générale pour faire des prélèvements. J’ai souvent travaillé avec Philipe Bouchet de l'institut de Systématique, Evolution, Biodiversité du MNHN pour faire des inventaires de mollusques marins. Afin d'inventorier les différentes espèces de mollusques marins on réalise des récoltes à vue mais on effectue également des brossages sous l'eau de blocs coralliens et récupération des échantillons dans des paniers recouverts d'une toile de vide de maille carrée 500 µm ou on aspire les sédiments à l'aide d'une suceuse muni d'un sac de vide de maille carrée 500 µm. Les échantillons sont ensuite remontés en surface puis le tri des micro-mollusques s'effectue au laboratoire. Avec Philippe Bouchet je suis allé en Nouvelle Calédonie, 2 mois mais également aux Philippines 2 mois

J'ai également participé à plusieurs missions organisées par Opération Wallacea, organisation britannique qui met en place des expéditions scientifiques en régions tropicales dans un but de conservation. Ils ont deux axes de recherche : un axe marin et un axe terrestre (forêt tropicale humide). J’y ai participé en tant que chercheur libre. Ces missions sont basées sur de l’écovolontariat, les étudiants financent les recherches, le logement et la nourriture des chercheurs; en contrepartie, les chercheurs s'engagent à encadrer les étudiants dans le cadre d'un master ou d'une thèse. Les frais de déplacement sont à la charge des chercheurs. Il convient de remarquer que l'écovolontariat est peu développé en France. Avec opération Wallacea je suis allé en Indonésie et au Honduras.

Je fais beaucoup de plongées pour mon passe-temps. Je suis moniteur de plongée. J’ai fait plus de 1600 plongées notamment en Mer rouge, en mer des Caraïbes et surtout dans l'Indo-pacifique.

 

3. Meilleur endroit où vous avez plongé ?

 

Le meilleur endroit où j'ai plongé est les Raja Ampat (les 4 rois). C’est la partie indonésienne de la de l'île de Nouvelle-Guinée. On est en plein cœur du triangle d'or de biodiversité. L’Indonésie est riche en invertébrés mais est relativement pauvre en poissons car les gens pêchent à la dynamite ou au cyanure sauf aux Raja Ampat où les peuples papous ont des mœurs terrestres. Comme ils ne pêchent pas beaucoup, les poissons sont encore nombreux dans les eaux des Raja Ampat : requins, bancs de barracudas, etc.  

 

4. Votre plus belle rencontre ?

Sous l’eau quand j’ai plongé avec des requins-baleines aux Philippines à Oslob, site où par le passé ils étaient péchés. Les pêcheurs se sont rendus compte que ce n’était pas rentable et qu'il serait plus intéressant de faire venir les touristes (tourisme de vision). A l'heure actuelle, les pêcheurs maintiennent les requins-baleines dans la baie d'Oslob en les nourrissant avec du plancton prélevé au large. On peut voir 30 à 40 requins baleines en une seule plongée.

Au niveau humain, le plus intéressant était aux Philippines lors de la mission Panglao 2004 organisée par Philippe Bouchet du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris. La rencontre avec les philippins était assez impressionnante parce qu’en fait ils sont très pauvres et se sont extrêmement  gentils. Le salaire moyen est d'un euro par jour. Il y a des personnes que l’on appelle les forçats de la mer qui tapent toute la journée sur l’eau avec des planches en bois pour rabatte le peu de poissons qui restent dans des filets.

 

5. Prochain voyage ?

Je pars le 19 Décembre aux Philippines pendant deux semaines.

 

6. Conseils pour les étudiants qui souhaiteraient s’orienter vers la biologie marine ou la plongée ?

Il faut déjà avoir un certain niveau de plongée. Au minimum il faut être niveau 2 càd autonome à      20 m et encadré à 40 m. C’est le niveau minimum si on veut faire quelque chose en plongée. Il ne faut pas beaucoup de temps pour obtenir le niveau 2, on peut l’avoir en une année ce qui représente environ 40 plongée. Ceux qui  travaillent en milieu marin ne sont pas obligés de plonger, cela dépend des choix des étudiants. Ensuite pour faire de la biologie marine il faut savoir qu’il y a peu de débouchés surtout en France. Par exemple il y a en France très peu d'universités qui travaillent sur les récifs coralliens. Par contre on peut trouver relativement facilement un stage à l’étranger comme aux USA ou en Australie. Si j’ai un conseil à donner, si vous trouvez de quoi faire un stage il faut le faire. Celui qui a cette occasion il ne faut surtout pas la rater. Il faut être mobile. Il faut bien choisir ses stages, il faut rester cohérent dans ses choix.

 

7. Comment êtes-vous arrivé en biologie marine ?

Depuis tout petit je voulais faire de la zoologie. Quand j’étais étudiant on ne plongeait pas facilement donc j’ai fait de la zoologie et j’ai travaillé sur les amphibiens (régénération du membre d’axolotl). Le labo a changé d’optique et à réorienté ses recherches sur le cancer ce qui ne m’intéressait pas. Donc je suis parti pour vivre pleinement ma passion et j'ai cherché un laboratoire de biologie marine pouvant m'accueillir pour réaliser une thèse.

 

8. Votre avis sur la COP 21 ?

Je ne sais pas si la COP 21 va résoudre les problèmes climatiques, mais ces derniers sont très importants. Il suffit de voir à quelle vitesse fondent les glaciers ou les icebergs. Dans quelques années il n’y aura plus de neiges éternelles sur le Kilimandjaro. Les banquises fondent à toute vitesse, l’ours blanc va être inscrit sur la liste des espèces menacées de disparition. Des scientifiques isolés ne peuvent rien faire tout seul il faut que ce soit les politiques qui prennent les décisions. Donc ce sommet est quelque chose d’important. Néanmoins, on voit que les problèmes d'ordre climatique suscitent plus d’intérêts qu’il y a quelques années car tous les grands responsables politiques sont venus assister à la COP 21. Il faut espérer qu’au moins on pourra s'entendre afin de réduire l’élévation de la température à l'échelle planétaire. Si on n’y arrive pas, de nombreux pays au niveau du Pacifique sont appelés à disparaitre comme les Maldives ou l'atoll de Kiribati[1]. Il y aura également de gros problèmes d'ordre climatique dans les pays européens. Afin de limiter l'augmentation de température, il faut prendre des mesures efficaces dans le but de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

A l'heure actuelle à cause du réchauffement planétaire les récifs coralliens sont en train de blanchir. Le phénomène El Nino se traduisant par un réchauffement des eaux superficielles sera très prononcé cette année. Alors que normalement ce phénomène se manifeste au mois de décembre d'où son nom El Nino (l'enfant "Jésus") il était déjà très prononcé au mois d'octobre lorsque je suis allé plonger aux îles Galápagos. On  estime que cet épisode El Nino va provoquer la mort de 50 % des oiseaux présents aux îles Galápagos. Si on prend l'exemple du le manchot des Galápagos dont la population actuelle est restreinte à 800 individus cela veut dire qu'il ne restera plus que 400 individus et que, dans ces conditions, on est proche du seuil de viabilité de l'espèce. Les conséquences seront identiques en ce qui concerne le cormoran aptère.

[1] Les Kiribati sont composés de 3 archipels de l’océan Pacifique

A lire :  

L’histoire de la biologie marine.

 

Les nombreux voyages de Patrick Scaps sont une source d’information pour l’écriture de deux nouveaux livres :

Ecriture d’un livre sur les invertébrés marins, plus universitaire.

Ecriture d’un livre sur les coraux des Caraïbes

 

Propos recueillis par Gwenaëlle WAIN, étudiante en Licence 3 BOP