Climat et accord climatique : un bref état des lieux

La réalité du changement climatique a été constatée pour la première fois en 1990 par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Depuis, de nombreuses données tendent à le confirmer, et son origine anthropique fait consensus chez les scientifiques. Les conséquences environnementales du changement climatique sont déjà observables, dans le monde comme dans la région Nord–Pas-de-Calais–Picardie, et elles pourraient s’aggraver bien davantage dans le futur si rien n’est fait. La 21e conférence des parties (COP21), qui s’est déroulé entre le 30 novembre et le 11 décembre 2015 à Paris, visait à créer un accord universel contraignant entre les Etats pour limiter le réchauffement climatique. Quels étaient ses objectifs et ses enjeux ? Quelles sont ses résultats et ses limites ?

Les articles :

  1. Le changement climatique : les faits, les chiffres et les conséquences (Lucas Prost)
  2. La COP 21, les objectifs et les résultats de l’accord (Lucas Prost)
  3. Les conséquences du réchauffement climatique dans la région Nord–Pas-de-Calais–Picardie (Lucas Prost)
  4. Le déni climatique (Marion Pignel)

Les vidéos indispensables pour comprendre la COP21 :

Marie a fait une sélection des meilleures vidéos indispensables pour comprendre le fonctionnement et les enjeux de la COP21.

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Le changement climatique : les faits, les chiffres et les conséquences.

 

         Le changement climatique a longtemps été perçu comme une préoccupation pour les générations futures. Aujourd’hui, ses effets sont concrets et évidents, et ses conséquences palpables dans toutes les sphères terrestres. L’atmosphère a vu sa température moyenne augmenter de 0,85°C entre 1880 et 2012, avec une augmentation très forte surtout après 1960. Dans le même temps, la concentration en gaz à effet de serre (GES) n’a pas cessé de s’accroître (+40% pour le dioxyde de carbone (CO2), +150% pour le méthane (CH4) et +20% pour le protoxyde d’azote (N2O), atteignant des taux record depuis 800 000 ans. Pour comprendre la vitesse à laquelle les changements de concentrations atmosphériques se font, nous pouvons prendre comme exemple le dioxyde de carbone : au XIXe siècle, sa concentration était de 270 ppm, elle est aujourd’hui de 400 ppm, et, selon les prévisions, elle pourrait atteindre 1200 ppm en 2100. L’hydrosphère est également victime du changement climatique. Comme l’atmosphère, sa température augmente : de 0,1 °C tous les 10 ans. Le CO2, en quantité plus importante dans l’atmosphère, est capté par les océans, acidifiant les eaux (les valeurs de pH passeront de 8,1 à 7,8 d’ici la fin du siècle). Cette augmentation de température et cette baisse de pH ont des répercussions destructrices sur les écosystèmes marins. La cryosphère* est certainement la sphère la plus durement affectée par le réchauffement climatique, et dont les effets pourraient être les plus graves. La fonte des pergélisols* dans l’hémisphère nord libère le CO2 enfoui et pourrait créer une réaction en chaine dévastatrice. La fonte des glaces de l’Arctique a déjà causé une hausse des océans de 19 cm. La biosphère, quant à elle, a déjà perdu 30% de sa biodiversité ; le réchauffement climatique se produit à une telle vitesse que les espèces ont rarement le temps de s’adapter ou de migrer vers des régions plus froide. Les conséquences du changement climatique affectent et transforment donc toutes les sphères terrestres, mais des séquelles sont également observables dans les cycles de matière, en particulier celui de l’eau. Les phénomènes extrêmes sont de plus en plus fréquents, et leur gravité de plus en plus alarmante. De plus, les rendements agricoles baissent, ce qui pourrait provoquer, couplé aux phénomènes climatiques extrêmes et à la hausse du niveau des océans, des problèmes humanitaires insurmontables.

* Cryosphère : ensemble de la surface terrestre recouverte par les glace.

* Pergélisol : sol constamment gelé (au moins pendant deux ans).
 

La COP 21, les objectifs et les résultats de l’accord.

 

Face à la gravité des conséquences du changement global, des collectifs et des programmes internationaux se créent. La prise de conscience du problème écologique s’est faite à Stockholm, en 1972, lors du premier Sommet de la Terre organisé par l’Organisation des Nations unies (ONU). Durant ce sommet, la protection de l’environnement est devenue un problème international. C’est lors du troisième Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992 (deux ans après le premier rapport du GIEC en 1990) que 154 pays et la Communauté Européenne ont adopté la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). La CCNUCC compte maintenant 196 signataires (195 pays et l’Union Européenne) qui se réunissent annuellement pour étudier les avancées et prendre de nouvelles décisions pour la lutte contre les changements climatiques lors de conférences mondiales : la Conférence des parties (en anglais Conference of Parties, COP). La première COP a eu lieu à Berlin en 1995. L’objectif d’une COP est de déterminer les moyens de lutte contre le réchauffement climatique.

Paris a accueilli, du 30 novembre au 11 décembre 2015, la 21e Conférence des Parties. L’objectif était de trouver un accord international pour maintenir le réchauffement climatique sous les 2°C. Le moyen d’y parvenir semble irréalisable face à nos modes de vie actuels : il faudrait réduire de 40% nos rejets de GES d’ici 2050. De plus, pour être adopté, un accord doit faire consensus au sein des parties, et après les échecs de la COP3 (Kyoto, 1997) et de la COP15 (Copenhague, 2009), il est difficile de croire en la réussite de cette COP21. Malgré tout, quelques signes positifs étaient visibles avant le déroulement de la COP : la promesse de la Chine et des Etats-Unis, les deux pays les plus pollueurs de la planète, de signer un accord, la publication d’une encyclique* sur le climat et l’environnement (Laudato Sii) par le pape, la stagnation des émissions de carbone mondiales en 2014, l’essor des énergies renouvelables en Chine, etc. 

         Que pouvons-nous conclure de la COP21 ? Fut-elle un échec dans la lutte contre le changement climatique ? Oui, en tout cas pour le fameux militant écologiste Paul Watson, qui a dit sur un plateau à la télévision française que le COP21 « n'a rien accompli, car il n'y a pas eu d'accord contraignant ». Cependant, l’accord, qui devrait entrer en vigueur en 2020, a bien été adopté à l’unanimité par les 196 parties et entérine la volonté des états de limiter le réchauffement sous les 2°C critiques. De plus, les engagements pris vont clairement dans le sens d’une réduction progressive des énergies fossiles en faveur des énergies renouvelables. Comment savoir maintenant si les engagements seront tenus dans l’avenir ?

* Encyclique : lettre du Pape adressée à l’ensemble de la chrétienté catholique ou aux évêques concernant un problème d’actualité.
 

Par Lucas Prost (étudiant de Licence 3 B.O.P.)

 

Les conséquences du réchauffement climatique dans la région Nord–Pas-de-Calais–Picardie.

 

         Les effets du changement climatique se font déjà sentir dans la région Nord–Pas-de-Calais–Picardie. Le réchauffement provoquera des étés plus chauds et des hivers plus doux et plus pluvieux. Les phénomènes climatiques sont et seront de plus en plus extrêmes et plus fréquents, comme partout sur le globe. On pense notamment à la tornade de Hautmont (Nord) en août 2008 ; la région subit en moyenne 4 à 5 tornades par an, mais 11 ont été recensées en 2014. La hausse du niveau des mers entraine des érosions et des submersions marines. Les falaises calcaires sont très menacées : en mars 2014, une partie du sentier des Douaniers (entre Boulogne-sur-Mer et Wimereux) s’est effondrée. Cependant le lien entre réchauffement et phénomène climatique n’est pas toujours établi : est-ce que les inondations du printemps 2001 dans la Somme (notamment à Abbeville) sont directement provoquées par le changement climatique ? Rien n’est moins sûr. Néanmoins, la hausse du niveau des océans entrainent des inondations dans les Flandres maritimes. Les polders de cette région sont par endroits situés 2,5 m sous le niveau de la mer ; les wateringues sont déjà inefficaces face aux submersions marines, et cela ne fera qu’empirer (la hausse du niveau moyen pourrait être de un mètre environ en 2100).  Face aux risques climatiques auxquels la région devra faire face, un GIEC régional presque unique en France, le CERCLE (le Collectif pour l’expertise régionale sur le climat et son évolution), s’est formé, avec à sa tête un ancien membre du GIEC, Yves Foucart. Ce collectif a publié son premier rapport en novembre 2015 à Lille. Il fait la synthèse de travaux scientifiques venant de domaines variés (climatologie, géographie, écologie, géomorphologie, sociologie, etc.).

Par Lucas Prost (étudiant de Licence 3 B.O.P.)

Le déni climatique

 

NOUS SOMMES TOUS DES CLIMATO SCEPTIQUES !

Le déni climatique, qu’est-ce que c’est ? La majorité de la population reconnait les causes du changement climatique (l’activité humaine) et ses conséquences, à l’inverse bien sûr des climato sceptiques affirmés. Cependant en toute connaissance de cause, cette même majorité de la population (c’est-à-dire nous tous) se refuse à changer ses modes de production et de consommation. Les énergies polluantes représentent encore 80% de notre consommation. Nous avons tous adopté, les gouvernements en tête, une posture hypocrite qui consiste à admettre le changement climatique, à s’en alarmer et reconnaître ses dangers mais à le soustraire de toutes nos décisions par refus de remettre en cause notre modèle économique de croissance. Le constat est là : aux vues des chiffres, il apparaît que si la question du réchauffement climatique n’avait pas existé, notre production et notre consommation d’énergie aurait été la même.

Il existe donc un fossé entre le consensus scientifique alarmant sur le changement climatique et l’inaction globale des gouvernements et des citoyens à s’engager dans la voie d’un changement.

Pourquoi ce déni climatique ? Le changement climatique apparaît comme un phénomène qui n’est pas immédiatement perceptible et dont les effets se produisent à la fois à long terme et de façon très variable selon les régions du monde. La montée des eaux fait disparaître des îles entières et forcent leurs habitants à migrer : mais tout ça se passe à des milliers de kilomètres de chez nous et il semble que ces populations finissent toujours par s’en sortir. A l’inverse, renoncer aux conforts de notre modèle aurait des conséquences directes bien plus grandes. Comme dans beaucoup de situations difficiles et dramatiques, faire l’autruche apparaît comme la solution de facilité.

Pour le philosophe australien Clive Hamilton (Requiem pour l’espèce humaine), nous ne sommes pas capables de prendre pleinement conscience et de nous alarmer suffisamment pour un phénomène qui se déroule sur plusieurs décennies, voire plusieurs siècles et ne semble pas mener à notre perte, ni même à celle de nos enfants. Il semble invraisemblable, psychologiquement, de souffrir pour les futures générations (malgré toutes les campagnes qui nous y invitent) au point de bousculer toutes nos habitudes.

L’une des raisons du déni climatique généralisé est également l’existence d’autres problèmes majeurs à l’échelle de la planète et qui peuvent apparaître plus urgents : plusieurs centaines de millions de personnes meurent encore de faim ou n’ont pas accès à l’eau potable dans certaines parties du monde.

Par Marion Pignel (étudiante en deuxième année à l’I.E.P.)

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