Les grands scientifiques honorés par l'UFR de Biologie

Alphonse MALAQUIN (1868-1949)

  • Professeur de zoologie
  • Titulaire de la Chaire de zoologie générale et appliquée (1906-1937)

 image Malaquin

Ses recherches sur les processus de reproduction et de régénération des annélides* marines font encore autorité de nos jours. Pionnier dans le domaine de la recherche appliquée, il est l’un des premiers à établir une collaboration entre la Faculté des Sciences, la région et les milieux agricoles. A ce titre, il fonde le laboratoire de Zoologie Appliquée en 1907. En 1911, il est nommé conservateur du musée d’Histoire Naturelle de Lille car, la faculté et le musée ayant des liens étroits, ces fonctions sont remplies par le plus ancien professeur de sciences naturelles. En 1913, il reçoit la médaille d’or du Ministère de l’agriculture pour ses recherches effectuées en collaboration avec le Dr Moitié, conservateur adjoint au musée, sur les moyens de lutte contre les agents ravageurs des cultures, comme le puceron de la betterave.

                               *animal invertébré souvent vermiforme.

Alphonse MALAQUIN est né dans un petit village du Cambrésis en 1868. Après avoir été répétiteur au Lycée de Charleville puis de Valenciennes, il prépare sa licence à la Faculté des Sciences de Lille sous la direction de maîtres illustres : C.E. Bertrand pour la Botanique, J. Gosselet pour la Géologie, P. Hallez pour la Zoologie. Il rentrera dans le laboratoire de ce dernier comme préparateur en 1888.

A. Malaquin soutient, en 1895, sa thèse de Doctorat ès Sciences publiée sous le titre : Recherches sur les Syllidiens. Morphologie. Anatomie Reproduction. Développement. Dans ce mémoire magistral, Malaquin analyse les processus complexes de la reproduction chez ces vers, du groupe des Annélides Polychètes. Il montre que les processus de la reproduction sexuée sont complétés et amplifiés par diverses modalités de reproduction asexuée : stolons, bourgeons, etc. Ces observations, magnifiquement illustrées dans les planches de la thèse, font encore autorité aujourd'hui dans ce domaine de la zoologie.

Outre les recherches d'ordre fondamental, A. Malaquin montrera au cours de sa carrière une attention particulière pour la recherche appliquée. Dès 1906, il devient titulaire d'une chaire de Zoologie générale et appliquée. Précurseur en ce domaine, il sera l'un des premiers à établir une collaboration entre l'Université, la région et les milieux agricoles. Il sera ainsi amené à créer le Laboratoire de Zoologie appliquée, lequel fonctionnera à partir du 1er Juillet 1907. Ce laboratoire bénéficiera d'importantes subventions du Conseil Général du Nord et recevra, en tant que personne morale, un diplôme d'honneur à l'Exposition Internationale de Roubaix en 1910.

Beaucoup de travaux seront réalisés en collaboration avec le Dr Moitié. Ils porteront sur les moyens de luttes contre les agents ravageurs des cultures. Un des premiers effectués est relatif aux procédés de destruction du puceron de la betterave. Il vaudra à Malaquin en 1913 la médaille d'or du Ministère de l'Agriculture. On note ensuite les recherches concernant la lutte contre les campagnols (1919) ; les maladies de la pomme de terre et de la rouille du blé (1921) etc.

Au cours de sa carrière, Malaquin sera appelé à s'investir profondément dans la transformation du Musée d'Histoire naturelle. Son rôle dans ce domaine a été bien étudié par R. Marcel dans le volume "Histoire de la Faculté des Sciences 1854-1970" (1) Rappelons en quelques mots que Malaquin, nommé conservateur-adjoint en 1907, va assumer, en 1908, la lourde charge du déménagement des collections et de leur installation dans les nouveaux locaux . Il innovera en y installant une section consacrée à la Zoologie appliquée.
Le musée ayant beaucoup souffert pendant la guerre 1914-1918, notamment à la suite de l'explosion du dépôt de munitions dit "des 18 Ponts" survenue le 11 Janvier 1916, il participera très activement à sa restauration et à la réinstallation des collections. Ceci durera plusieurs années et le Musée ne sera réouvert au public qu'en 1925.

De même que le Musée, le Laboratoire de Zoologie avait beaucoup souffert de l'explosion de 1916. La salle de Travaux Pratiques et plusieurs laboratoires avaient été détruits ainsi que le matériel scientifique. Ici encore, une rude tâche s'imposait. Entrepris en 1920, les travaux de restauration s'étaleront sur plusieurs années.

Mais bien plus encore que par les dommages matériels, c'est dans sa vie familiale que Malaquin aura eu à souffrir de la guerre. À la fin de Décembre 1917, les Allemands prennent en otage un certain nombre de personnalités lilloises. C'est ainsi que l'épouse de Malaquin sera déportée en Allemagne, au camp d'Holtsminden, où elle restera détenue jusqu'en Juillet 1918.

Malgré toutes ces difficultés, Malaquin va se révéler un novateur, En 1920, encore pratiquement dans les décombres, Malaquin envisage avec plus de 40 ans d'avance la création du campus : Une Université doit avoir, elle aussi sa politique du lendemain,(...) Ce qui importe en conséquence, c'est d'obtenir (...) un emplacement de grande étendue, afin d'y tracer un plan d'ensemble de ce que sera la future Université, la Cité Universitaire pourrait-on dire. Tous les Instituts pourraient y être groupés à la manière des Universités américaines dans un vaste parc.(2)

Chevalier de la Légion d'Honneur en 1919, puis officier en 1937 (année de sa retraite), Malaquin exercera tout au long de sa carrière différentes charges administratives (assesseur pendant 17 ans), politiques (membre du Conseil Municipal pendant 4 ans), scientifiques (Président de la Société des Sciences, Art et Agriculture de Lille en 1927 ; Président de la Société Zoologique de France en 1930).

Il laissera l'image d'une grande figure. Tout d'abord sur le plan physique "Du Professeur Malaquin, nous nous souviendrons d'abord de sa stature droite au torse bombé, qu'il garda jusqu'au dernier moment ; du regard clair, image de son âme," (3). Sur le plan moral, ses écrits témoignent d'un profond humanisme :

"Dans la concurrence qui s'exerce dans la vie des individus et des peuples, usons le moins possible de la loi du plus fort, (...) pratiquons entre nous humains, la loi de l'assistance mutuelle" (4). Scientifique, organisateur, humaniste, toutes ces qualités font que Malaquin constitue l'un des personnages les plus éminents de notre Université.

 

(1) R. MARCEL "Un ensemble dont nous avons le droit d'être fiers : Le Musée d'Histoire Naturelle de Lille de 1820 à 1980".
(2) Rapport au Ministre sur la Situation de l'Enseignement Supérieur à Lille.
(3) Discours prononcé lors de ses funérailles le 14/10/1949 par le Président de la Société des Sciences.
(4) Discours prononcé par Malaquin, lors de la Séance Solennelle de la Soc. des Sciences, 1927.