Les grands scientifiques honorés par l'UFR de Biologie

Albert MAIGE (1872-1943)

  • Titulaire de la Chaire de Botanique (1920-1943)
  • Doyen de la Faculté des Sciences (1924-1943)

 image Maige

Après le décès de son épouse en 1919, Albert Maige cherche à quitter Poitiers où il est titulaire de la Chaire de Botanique lorsqu’un échange de poste se présente avec le professeur Ricôme à Lille. Il oriente ses recherches dans le domaine de la cytologie* végétale. En 1922, il crée la Station d’Essais de Semences dans le but d’ouvrir son laboratoire sur le monde agricole. En 1924, il est élu doyen de la Faculté des Sciences. Sous ses décanats successifs, la faculté s’enrichit en chaires, en enseignements nouveaux et en Instituts : Agricole, Houille, Mécanique des Fluides, Radiotechnique, etc...

                                                    *étude microscopique des cellules


Albert Maige est né le 26 novembre 1872 à Auxonne en Côte d'Or. Il perd très jeune son père, qui était coiffeur, et sa mère a dû subvenir aux besoins de ses deux fils. Ainsi Albert sera-t-il bénéficiaire durant toutes ses études d'une bourse de l’Instruction Publique, obtenue après concours. Il accomplit ses études primaires à Auxonne, et ses études secondaires à Dijon, où il devient bachelier "ès-Sciences complet" avec mention Bien, en 1889, à l'âge de 17 ans. Il entre ensuite en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles, à Paris. Aux concours de 1891, il est reçu à l'Ecole Normale Supérieure au 2ème rang, et à l'Ecole Polytechnique au 26ème rang. Avant de continuer ses études, il accomplit son service militaire de un an, et en novembre 1892, il entre en première année de l'Ecole Normale Supérieure. Albert Maige satisfait régulièrement aux examens de Licence, la Licence ès-Sciences de Physiques en 1894, et ès-Sciences Naturelles, au 1er rang, le 31 juillet 1895. Il devient Agrégé de Sciences Naturelles, le 22 août 1897, classé 1er sur quatre candidats reçus.

Albert Maige s'engage dans un travail de thèse qu'il accomplit sous la direction de Gaston Bonnier au laboratoire de la Station de Biologie Végétale de Fontainebleau-Avon. Il analyse les relations entre la morphologie de la plante grimpante et l'action de la lumière. Il soutient la thèse le 27 mars 1900 devant le jury qui comprenait le zoologiste Alfred Giard, ancien professeur à la Faculté des Sciences de Lille.

Albert Maige commence sa carrière universitaire, en novembre 1900, à 28 ans à l'Ecole Supérieure des Sciences d'Alger, devenue en 1910 faculté des Sciences. Il y enseigne la Botanique Générale au 1er et 2ème cycle, et, sur recommandation du directeur de l'Enseignement Supérieur, la Botanique appliquée à l’Agriculture. Il épouse, en 1901, Mademoiselle Georgette Binsse. Deux filles naissent au foyer, Hélène, en 1902, et Lise, en 1910. Le 1er mai 1911, Albert Maige est appelé à la Chaire de Botanique de la Faculté des Sciences de Poitiers. Il s'investit dans l'organisation de la nouvelle Station de Biologie Végétale de Mauroc, au Sud de Poitiers, qui est inaugurée le 30 mai 1912. Mais il doit brusquement interrompre ses activités scientifiques, parce qu'il est mobilisé le 1er août 1914. Durant la guerre, il est officier d'Administration des Subsistances militaires. Il est libéré le 20 janvier 1919. Sorti de la guerre, il doit affronter une nouvelle épreuve, le décès de son épouse, le 23 juillet 1919, suite à une opération à la thyroïde. Affecté moralement, il cherche à quitter Poitiers et l'occasion d'un échange de postes se présente : le professeur Ricôme, professeur de la chaire de Botanique de la Faculté des Sciences de Lille, accepte d'aller à Poitiers, et Maige à Lille. Les nominations des deux professeurs sont données par un décret du 1er janvier 1920.

A Lille, Albert Maige prend, à l'âge de 48 ans, un nouveau départ. Il se remarie avec Mademoiselle Lucie Cochez, institutrice au Lycée Fénelon. Hélène, sa fille aînée, fait des études de Pharmacie, épouse Maurice Hocquette, qui prendra la succession de la chaire de son beau-père, en 1943, et devient Maître-Assistante au laboratoire de son mari ; Lise, agrégée de grammaire, épousera Jean-François Gallissot, fils de Charles Gallissot, professeur de Mathématiques et premier directeur de l'Observatoire Astronomique de Lille.

Dans son laboratoire, Albert Maige choisit comme sujet de recherches, la physiologie de l'amyloplaste dans les embryons des Légumineuses. Il engage ses chercheurs sur d'autres sujets : Malcuit et Hocquette sur l'analyse de la végétation du littoral, de Litardière, qui de Poitiers l'a accompagné à Lille, sur la caryosystématique des plantes des dunes ; Deloffre est le seul à travailler dans le domaine de son patron. Dans le but d'ouvrir son laboratoire au monde agricole, Albert Maige crée, en 1922, la Station d'Essais de Semences où est certifiée la pureté variétale des lots de graines des céréales et des Légumineuses (pois, haricot) des agriculteurs de la région et de l'étranger, et en 1931 l'Institut Agricole, dans lequel sont enseignés les certificats d'Etudes Supérieures de nature agricole et sont donnés des cours pour la formation des instituteurs qui feront l'enseignement agricole (l'IAAL est le prolongement actuel de cet Institut).

Albert Maige est élu, le 11 juin 1924, doyen de la Faculté des Sciences, succédant à Albert Châtelet qui devient Recteur de l'Académie de Lille. Il est renouvelé cinq fois dans cette fonction, jusqu'à sa mise en retraite, en septembre 1943. Sous ses décanats successifs, la Faculté s'est enrichie en Chaires et enseignements nouveaux. En 1924, elle possédait 14 Chaires et Maîtrises de Conférences, en 1932, elle est passée à 17 Chaires et 9 Maîtrises de Conférences. Par l'ensemble des Chaires sont dispensés des enseignements sanctionnés par l'examen de 31 certificats de Licence, parmi lesquels 20 certificats sont considérés comme nouveaux pour la période de 1924 à 1932. Cet accroissement scientifique de la Faculté a généré une augmentation de l'effectif des étudiants : en 1913, il était de 270, en 1924, de 346, et en 1932, de 882 ; entre les deux dernières dates, il a donc plus que doublé.

Albert Maige a aussi oeuvré à la création d'Instituts et de laboratoires de Sciences appliquées, situés hors de sa spécialité de biologiste : l'Institut de Mécanique des Fluides, l'Institut de la Houille, l'Institut de Radiotechnique, la section spéciale pour Ingénieurs à l'Institut de Chimie, le laboratoire d'Hydrogéologie et le laboratoire d'Analyse et d'Essais de Chimie Industrielle.

Par sa réputation de Doyen et de scientifique, Albert Maige a été appelé à des fonctions nationales : de 1931 à 1940, il a été Membre du Comité Consultatif de l'Enseignement Supérieur Public (sa nomination fut renouvelée en 1933 et 1937) ; de 1936 à 1939, il a été membre de la commission chargée d'examiner les candidats pour l'admission à l'ENS des garçons et pour l'admission aux bourses de licence. Enfin, il a été élu au Conseil Supérieur de la Recherche Scientifique, le 23 mai 1939.

Deux distinctions importantes ont couronné sa carrière universitaire. Le 29 juin 1936, Albert Maige entre à l'Institut de France comme Membre correspondant de l'Académie des Sciences, et, le 14 juillet 1938, il est promu au grade d'Officier de la Légion d'Honneur.
En mai 1940, lors de l'invasion de la région par les Allemands, Albert Maige gère le repli de l'Université au Touquet. Au retour, début juin, il est investi pendant quelques semaines des fonctions de Recteur responsable de l'Académie et président de l'Université. Il fait le maximum pour que la rentrée universitaire puisse se faire en novembre 1940. Il est appelé à la retraite le 26 novembre 1942, à 70 ans ; mais sa fonction de Doyen est prolongée encore un an. Il ne pourra l'assurer en réalité ; car la maladie progresse, il souffre d'asthme et de quintes de toux, et il décède, le 29 novembre 1943, à 71 ans.

Si nous devions qualifier par des mots-clés le Doyen Albert Maige, nous choisirions les suivants : fin lettré, Botaniste connaissant les plantes et pionnier de la physiologie cellulaire, et homme totalement dévoué à l'Université.
 

D'après le bulletin de l'ASA* d'octobre 1999
par Raymond JEAN

*Association de Solidarité des Anciens de l'Université Lille 1