Les grands scientifiques honorés par l'UFR de Biologie

Paul Hallez (1846-1938)

 

Portrait Paul Hallez

Paul Hallez est né à Lille le 10 Septembre 1846 ; il y décédera le 2 Novembre 1938. Il débute sa carrière en 1864 comme préparateur d'Histoire Naturelle à la Faculté des Sciences de Lille dans le Laboratoire de Géologie, sous la direction de Jules Gosselet. Ce sera pour lui l'occasion de faire une communication à la Société des Sciences de Lille, en 1869, sur un Crustacé des carrières de craie de Lezennes. Il devient ensuite " répétiteur du cours de zoologie " et il soutient en Sorbonne sa thèse (1878 ou 1879 ?) réalisée à partir de travaux effectués au Laboratoire de Wimereux : " Contribution à l'histoire naturelle des Turbellariés " (Thèse de Doctorat, vol. in-4°, 225 pages, XI planches), travail qui lui vaudra la médaille d'or de la Société des Sciences précédemment citée. 
 

 

En 1877, est créée une Maîtrise de Conférences à la Faculté de Médecine qui sera occupée par P. Hallez de 1878 à 1881. À cette date, 16 Février 1881, un décret institue une Maîtrise de conférences rattachée à la chaire de Zoologie. P. Hallez, à sa demande, est transféré dans ce poste à la Faculté des Sciences. Il deviendra ensuite professeur suppléant de 1882 à 1888, puis titulaire de la chaire de Zoologie de 1888 à 1906. Cette année-là, à la demande de P. Hallez, la chaire de Zoologie est transformée en chaire d'Anatomie et d'Embryologie comparées (décret du 19 Juillet 1907) dont il devient le titulaire. Simultanément, grâce à une subvention de la ville de Lille, est créée une chaire de Zoologie générale et appliquée qui sera occupée par A. Malaquin. Paul Hallez prendra sa retraite le 1er novembre 1919.

Durant sa carrière, Paul Hallez remplit plusieurs charges administratives. Il fut membre du Conseil d'Université de 1902 à 1905, assesseur du Doyen de 1906 à 1907 et membre de la Commission d'hygiène de l'arrondissement de Lille (surveillance des établissements industriels du département). Après en avoir été le Vice-Président, en 1898, il deviendra, en 1899, Président de la Société des Sciences, de l'Agriculture et des Arts de Lille.

Cette activité fut couronnée par diverses distinctions. Il est promu Officier d'Académie en 1882, puis de l'Instruction publique en 1888. Il devient Chevalier de la Couronne de Belgique en 1912 puis Chevalier de l'Ordre de Léopold en 1913.

Le scientifique : un biologiste marin.

Paul Hallez laissera une oeuvre scientifique considérable : 105 notes publiées en majeure partie dans les Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, les Archives de Zoologie expérimentale et générale, la Revue Biologique du Nord de la France, le Bulletin de la Société des Sciences.

Ces travaux sont représentés par diverses monographies qui concernent les vers plats, les Nématodes, les Bryozoaires, les Némertes, etc... P. Hallez a également procédé à la description de nouvelles espèces à partir des récoltes des expéditions Charcot dans l'Antarctique.

Paul Hallez sera le véritable fondateur de la Biologie marine à Lille. Dès son arrivée à Lille, le professeur Giard avait fondé à Wimereux, plage à l'époque guère fréquentée, un laboratoire qui, en fait, n'était qu'un modeste chalet. En 1888, le laboratoire maritime de Wimereux, qui avait été une annexe de l'Institut de Zoologie de Lille pendant quinze ans, se trouve rattaché à la Sorbonne, lors de la nomination de Giard à Paris. En effet, Giard n'avait pu " se résoudre à se séparer de son laboratoire maritime "[M. Caullery. Notice nécrologique de A. Giard. Association des Anciens de l'Ecole Normale Supérieure]. Paul Hallez se démènera pour en recréer un autre sur la côte. Il loue alors une maison au Portel qui permet d'assurer des stages d'étudiants. C'est l'inauguration le 1er mai 1888 d'un chalet, en fait, une petite maison, bicoque basse et étroite [P. Hallez. Le laboratoire maritime du Portel. In Lille et le Nord en 1909, T I, p. 136].

À noter que son frère Louis Hallez fut Professeur à la Faculté de Médecine et que son fils Paul Hallez (né à Lille en 1872) fut professeur à l'École des Beaux-Arts de Lille.

En 1890, il fait l'acquisition d'une embarcation, le Béroé, qui permet de faire des dragages en pleine mer et fournit un abondant matériel d'études. Au fil des années, l'équipement se complète par des " accessoires ", une " chaîne ", un " treuil ", une " bouée de sauvetage ", une " boussole marine de 12 cm ", une " jumelle marine (26 lignes, 6 verres) de chez Secrétan ". Le Béroé peut maintenant naviguer... P. Hallez publiera en 1899 un important rapport sur la faune récoltée par les chercheurs du Laboratoire du Portel pendant près de dix ans de dragages.

photo Le Béroé

Le Béroé

En 1895, un terrain de 2140 mètres carrés est mis à disposition de la Faculté des Sciences par arrêté préfectoral. Ce terrain est situé sur le terre-plein en eau profonde de Boulogne, au pied de la digue Carnot.

Lors de la séance du 15 février 1899, le Doyen Gosselet attire l'attention du Conseil sur l'importance de l'enseignement de la zoologie maritime à la Faculté et rappelle " l'installation misérable et la situation précaire du petit laboratoire maritime du Portel qui, depuis des années, ne vit que d'ex¬pédients ". Cette demande est confortée par le fait qu'un Laboratoire Maritime a été construit par l'Université de Lyon et surtout par suite de la fondation d'un Laboratoire Maritime à Ambleteuse par la Faculté catholique de Lille. En 1900, le Conseil d'Université vote les 50 000 F nécessaires à la construction du laboratoire. L'outillage et l'équipement scientifique se montaient à 16 000 F. La majeure partie fut pourvue grâce à des subventions données par le Ministère de l'Instruction publique, la Société des Sciences de Lille (1 000 F Prix Kuhlman) et l'Association Française pour l'Avancement des Sciences. Pour le reste, il fut fait appel aux instances les plus hautes, comme en témoigne le rapport annuel du Professeur Langlois, doyen de la Faculté des Lettres en 1901. " Il ne nous reste qu'à trouver 9000 et quelques centaines de francs. Par l'intercession toute puissante et toute acquise de M. le Recteur, nous les demanderons à la Providence qui ne nous fera pas défaut dans cette nécessité ". En fait, il semble que la Providence ait été représentée par un emprunt et par une souscription faisant appel à l'intervention de généreux donateurs.

photo Bâtimentphoto intérieur bâtiment

 

Le laboratoire réalisé est un bâtiment de 31 mètres de long sur 11 mètres de large. Il renferme des salles d'étude et un aquarium alimenté par une pompe d'eau de mer capable de débiter 50 mètres cubes à l'heure. " L'installation de l'aquarium et la qualité de l'eau sont telles que des Méduses, des Bryozooaires, des Serpules, etc... ont pu se reproduire et que leurs larves, après avoir franchi la période critique de fixation, ont continué à évoluer dans les bacs "(Rapport du Doyen Damien, 1904).
 

 Le laboratoire manifeste une belle activité. En 1903, il héberge pendant les vacances 15 étudiants de licence et 8 chercheurs dont 2 belges.

Dès ce moment, un problème important surgit, comme en témoigne la suite du rapport du Doyen Damien : " Le Directeur du Laboratoire regrette vivement d'être obligé, faute de personnel, de faire vider tous les bacs à la fin des vacances, au moment où ceux-ci se peuplent de jeunes individus ou de nouvelles colonies, au moment par conséquent où ces bacs présentent le plus d'intérêt. Il serait à souhaiter qu'un préparateur ou même un gardien fût chargé de l'entretien de l'aquarium pendant toute l'année, afin de rendre possibles des cultures et des expériences suivies sur le développement des animaux, afin aussi de rendre moins lourde la charge qui incombe au directeur ". Cette demande ne sera pas exaucée et restera lettre morte pendant les années à venir.

Le laboratoire du Portel va avoir un destin tragique. Pendant les vacances de Pâques de 1910, le Directeur du Laboratoire, P. Hallez apprend qu'un entrepreneur de démolition de bateaux en fer est en pourparlers avec l'administration des Ponts-et-Chaussées pour obtenir l'autorisation d'établir son chantier sur le terre-plein du laboratoire. Malgré des interventions pressantes auprès de différentes autorités, l'autorisation est accordée et le terre-plein tout entier va devenir un vaste système de démolition. " Pendant les mois d'août à septembre 1910, trente à quarante ouvriers ont travaillé de six heures du matin à sept heures et demie du soir, à la démolition d'un navire en fer et d'une ancienne frégate. Le bruit produit par le déboulonnage est insupportable, les projections de rivets contre les bâtiments sont fréquentes et dangereuses " (Rapport du Pr. Hallez au Recteur le 21 Juillet 1911).

Le Doyen Damien, dans son rapport sur la Situation et les Travaux de la Faculté pendant l'année, renchérit : " un boulon de fer a cassé une vitre du cabinet du Directeur et M. Hallez a failli être blessé. Le calme absolu de cette partie de la côte boulonnaise, qui avait tant séduit M. Liard, alors directeur de l'Enseignement supérieur, et l'avait décidé à choisir cet emplacement a fait place au bruit le plus énervant et très nuisible aux études ".
Le laboratoire du Portel va beaucoup souffrir pendant la guerre 1914-1918. P. Hallez se plaint amè¬rement de ne plus avoir aucune nouvelle. Après la guerre, le rapport de 1921-1922 mentionne qu'il est toujours en très mauvais état. Ce n'est que durant l'année universitaire 1923-1924 qu'il sera rouvert. Il fonctionnera pendant les vacances avec 10 étudiants, des cours seront assurés par MM. Malaquin et Dehorne.

À côté de la recherche de très haut niveau dans les Laboratoires de Zoologie, l'enseignement n'est pas délaissé. Ainsi, le Professeur Hallez, en Anatomie et embryologie comparées, dispense 2 leçons chaque semaine et 1 séance de TP (3 1/2 H). À cela s'ajoute une conférence aux candidats au doctorat et à l'agrégation.
Malaquin, quant à lui, donne, en Zoologie générale et appliquée, 1 leçon par semaine (est-ce tout ?)

L'homme et sa conception de la biologie.

L'oeuvre de Paul Hallez se caractérise par une conception moderne des Sciences biologiques. Dans son discours du 8 Juillet 1900 à la Société des Sciences, il définit clairement quel doit être le champ de la zoologie : " On n'a généralement que des idées bien vagues sur la zoologie. Ces hommes qui passent une grande partie de leur existence à regarder dans un microscope et qui le reste du temps parcourent les fo¬rêts, fouillent les étangs, explorent le fond des mers à la recherche de leur matériel d'étude sont considérés, je suppose, comme atteints d'une douce monomanie ". Il définit le rôle des collectionneurs dont l'action est importante pour connaître les variations dans la distribution des espèces animales (notion moderne d'écologie). Il souligne que les données anatomiques ne donnent des indications valables qu'en relation avec une connaissance des activités physiologiques des animaux étudiés. Se dégageant de l'aspect confiné des collections, il insiste sur le fait que l'attention du chercheur doit s'élargir à l'étude des conditions de vie des espèces animales. Les mutations (et cette notion est encore toute nouvelle en Biologie en 1900) doivent être recherchées et analysées avec soin, que ce soit sous l'angle de l'apparition de nouvelles espèces ou au contraire dans le cadre de la stabilité de l'espèce dans l'élevage des races pures.

Dans son discours, prononcé lors de son jubilé académique à la Société des Sciences en 1930, P. Hallez regrette que la biologie ne repose pas sur des bases aisément quantifiables, ajoutant : " Malheureusement, il manque à la vie une base mathématique. "Il n'est permis d'affirmer, dit Voltaire, qu'en géométrie et, pour Poincaré, les seuls résultats utiles de la Science sont des mesures, au-delà desquelles commencent des théories et des hypothèses. Et c'est à ces dernières, filles de l'imagination [...] qu'en est réduit trop souvent la biologie dont les secrets sont jalousement gardés par un sphinx mys¬térieux qui pose toujours des énigmes et qui attend encore son Oedipe ". À cette époque, les scientifiques avaient aussi des lettres.

D'après l’article de l'ASA* : Le laboratoire de Zoologie de la Faculté des Sciences de Lille (« Institut de Zoologie ») de 1854 à 1970.
par Roger Marcel et André Dhainaut

*Association de Solidarité des Anciens de l'Université Lille 1